Tags: parti
Voter à droite ou à gauche, quelles différences ?
Par Honorgate
, le 12 Jun 2007 | Dans A Vue de Nez, Vues politiques |
4 retours » |
|
Ou le jeu des dupes.
Désormais les jeux sont faits, en France, nous sommes parti pour au moins 5 ans de politique de droite. Et ce n'est pas qu'un jeu de couleurs, bleu ou rouge, mais bien un état d'esprit si l'on en juge par les débats contradictoires qui ne manquent pas d'éclore ici et là. D'aucuns s'opposent sur les idées ou sur les actes, sans jamais toutefois admettre que l'autre n'a pas nécessairement tort. Y aurait-il une fatale opposition et pourquoi ?
Pourquoi ne pas choisir quelques critères qui pourraient assez justement définir une pensée de droite et une pensée de gauche. Dans ce genre d'exercice périlleux, il est nécessaire je pense de se fonder sur l'observation de son entourage. Et comme ce dernier n'est pas réduit qu'au poisson rouge, je me dis, que cela doit être une base acceptable d'étude. Même si je suis conscient de ses limites.
Autour de moi, et autour de ceux avec qui je suis en contact, il ressort nettement que le vote de droite est porté par un souci égocentrique. C'est en tout cas l'expression d'une sensibilité aux slogans politiques sarkosiens. Je vote à droite car il y en a assez des assistés, des étrangers, des demi-mesures, et qu'une politique autoritaire est la seule à pouvoir nous sortir du marasme. Je vote à droite car l'idée d'être payé plus, parce que je travaille plus, me plaît, parce qu'il faut protéger mon patrimoine, parce qu'au moins avec eux, les étrangers ne seront pas prioritaires sur nous, les français, qui seront très bientôt tous propriétaires. Je vote à droite, car ma famille l'a toujours fait, car ma famille possède des propriétés et des actions. Je vote à droite, enfin, car c'est bon pour les cours de la bourse. Et ma retraite est en bourse.
Ce sont ces affirmations qui m'incitent à penser à un confort personnel – ce qui n'exclue absolument pas de la sincérité de la part des mes contradicteurs. Ils partent quasiment tous du postulat que seule la droite peut le faire. Pourquoi cela?
Parce que l'équipe de M.Sarkozy se démène depuis quelques années maintenant pour nous faire croire qu'elle incarne un changement, alors qu'il était numéro 2 du gouvernement, qu'elle seule puisse mener à bien des réformes nécessaires pour la bonne marche de notre pays. En fait, jusqu'à ce moment là, tout ou presque, allait bien pour nous, mais on nous affirme que tout va mal, alors puisque c'est répété à longueur de temps dans tous les médias, c'est que cela doit être vrai !
La droite a ce crédit, car elle sait utiliser les aphorismes: assistanat, flux migratoires, mai 68, sécurité, travail etc ... Pourtant, jamais personne en France, ne pourrait démontrer l'impact négatif de cet assistanat (s'il existe) sur notre économie, et pire encore, personne ne pourrait prétendre que si d'un coup, on arrêtait les subventions, et l'aide aux immigrants, cela lui rapporterait quoique ce soit [1]. Personne encore n'envie véritablement le sort des Rmistes, ou des boat people, car étrangement, ce sont ceux à qui il ne manque rien qui me parlent de ces abus.
Ainsi, les convictions se fondent-elles sur du slogan, sur de l'a-priori, mais nullement sur des faits constatés et démontrés. Ces convictions se fondent également sur un discours qui affronte les catégories sociales les unes aux autres. Ce que l'autre a, ou n'a pas, c'est ce qui me manque, ou que l'on pourrait m'enlever.
En ce sens, je ne pense pas qu'il fût judicieux d'opposer les projets présidentiels des uns et des autres, car jamais, le programme de Sarkozy n'a été publié en entier, et lors de la plupart des débats, on entendait les porte-paroles parler de concret et de projet. Mais juste de ces mots là, jamais de ce qu'il y avait derrière cela, jamais de choses concrètes, jamais de la teneur véritable du projet. Leur stratégie fut claire : matraquages, slogans, démagogie, clientélisme. « On va arrêter de parler, nous c'est du concret !» Oui, et après? Rien, en fait si, la même chose.
C'est donc bien une motivation égocentrique que j'observe le plus souvent chez ceux qui votent à droite, c'est également la compréhension picturale de la politique [2]. J'aimerais pourtant ne pas achever ma conclusion là dessus. Il faut dire que je ne côtoie pas de cadres de la haute finance, qui pourraient certainement avec plus de justesse me sensibiliser sur les bienfaits d'une politique plutôt technique qu'humaine.
C'est précisément cet aspect qui détermine un vote de gauche. Mis à part les irréductibles contestataires d'un système qui voteraient sans doute très à gauche, il me semble que les partisans du social le soient car leur conscience de la fragilité d'une fraction de leurs concitoyens est aiguisé, et ils n'envisagent pas un développement du pays en sacrifiant ces plus faibles. Le vote de gauche est sans doute un vote essentiellement humaniste qui fait le pari qu'un pays se forge grâce au talent de tous ses hommes. Il fait également le pari, que le développement n'a d'intérêt que s'il est partagé. A quoi bon le progrès s'il ne profite qu'à une élite ? Le vote de gauche, et c'est à mon avis son principal intérêt, replace l'homme correctement dans le système. Il met l'homme au centre de toute chose, et ne sacrifie pas sa fragilité pour un système économique spoliateur ou rude. Il réfute également l'idée d'asservissement d'une classe sociale au profit d'une autre.
Certes, cette catégorisation me semble trop caricaturale, combien même soit-elle fondée sur des observations ou des dialogues. Elle ne suffit sans doute pas non plus à expliquer l'extrême difficulté à se faire comprendre par ceux qui ne pensent pas comme soi, ni a justifier la mauvaise foi de part et d'autre [3]. Elle ne suffit pas non plus à expliquer le manque évident de courage de la part des décideurs politiques, qui a aucun moment ne tentent de favoriser les valeurs fondatrices de l'humanité, qui sont beaucoup de choses, mais pas techniques.
Ce dont je reste persuadé, c'est que seule une idée généreuse et tempérée de l'existence pourra nous permettre de progresser en harmonie, c'est à dire autrement que ce qui est actuellement donné comme étant l'unique système viable : la croissance à tout prix. L'homme ne s'adapte pas à son milieu de vie grâce à ses griffes ou ses crocs, mais bien par son intelligence. Et les solutions immédiates, celles qui plaisent à notre cortex primaire, ne me semblent pas faire honneur à cette faculté. Je pense aussi qu'on ne doit pas accepter cette idée trop répandue, que la vie est un enfer, et que le seul moyen de survivre c'est de mettre tout ça en équation et de mouiller sa chemise.
____________________
[1] Je ne connais en tous cas aucun chiffre qui prouve que le RMI coûte trop cher à la France, ou ne sert à rien, ni aucun chiffre sur le coût réel de ceux qui en profitent. On ne sait même pas ce que cela signifie du reste : a partir de quand est-on assisté? Pire, je ne comprends alors pas qu'on ne supprime pas toute forme d'allocation à ceux qui émargent à plus de 2500€ par mois. Vous comprendrez que cette logique d'opposition, a vite ses limites.
[2] A opposer à un concept politique. La politique comme résultat de concepts sociaux-économiques. Force est de constater qu'avec le recul, a part quelques promesses fortes lancées régulièrement, pour lesquelles le gouvernement se dépêche maintenant d'appliquer pendant les échéances électorales, afin de récolter de suite un bénéfice, le programme sarkosien ne comporte rien de très bouleversant. Je vous fais le pari, que pour l'immense majorité d'entre nous, dans 5 ans, rien n'aura changé. En revanche, les images clés, les phrases bien placées, sont légions. Et nous de gober.
[3] Car quelques soient les résultats de l'actuelle politique, on nous dira toujours qu'avec l'autre côté cela aurait été pire, ou bien que finalement ce n'est pas si mal que ça ...




