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La grande illusion
Par Honorgate
, le 29 Oct 2006 | Dans Vu d'en Haut |
3 retours » |
Il est très confortable de s'auto convaincre que nous vivons dans une belle démocratie.
A l'instar du dernier roman de José Saramago [1], un peu de lucidité ne nous ferait sans doute pas de mal.
Reste à savoir ce que l'on préfère, le doute, ou l'illusion ?
Le premier exemple actuel de cette fuite de notre démocratie vers le tout n'importe quoi, vers un grand machin infernal dans lequel seuls comptent les résultats, les chiffres, les retours sur investissement, est la politique intérieure. Il faut des résultats pour la Police. Pire, du rendement. Fonctionnaires, faites votre travail suffisamment pour contenter ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Et comment faire ça ? Et bien ayez des résultats. Étrange concept que de récolter des résultats sur de l'impalpable. Ainsi, dans la rue, ces fonctionnaires doivent oeuvrer dans le répressif. Comme si cela pouvait constituer un objectif en soi. Et dans cette idée, si par exemple les policiers ramènent trop de chiffres dans un domaine particulier (les stupéfiants par exemple), il leur est demandé de cesser le travail dans ce domaine, et d'oeuvrer dans un autre [2]. Et là on arrive à un véritable scandale dans notre république. Le politique décide de ce qui se passe, à la place de l'événement en lui même. L'homme créé ainsi l'événement, par le diktat du chiffre. Nous rentrons ainsi dans une logique de mensonge, de contre vérité, ou de vérité artificielle.
Plutôt que de servir à améliorer un quotidien, les gestionnaires imposent un environnement artificiel dans lequel rien n'est résolu, mais tout est quantifié.
Comment pensez-vous que cela se traduise dans notre quotidien ? Actuellement nous avons les prémices d'une catastrophe annoncée. Les banlieues sont irritables, les fonctionnaires de police agacés, les affrontements plus ou moins directs augmentent. Comment voulez-vous, on ne presse pas impunément le citron aux gens responsables de notre sécurité. A trop déshumaniser ce travail, on créé nos futurs problèmes. La pression exercée sur les patrons policiers, a pour résultat un comportement moins serein sur le terrain, et à des heurts inévitables. La sérénité ne se quantifie pas. La quiétude non plus. Donc ce n'est pas intéressant pour nos politiques actuels. C'est totalement aberrant, et particulièrement dangereux. Et je prédis d'amères catastrophes dans un avenir proche. (Je ne suis pourtant pas devin)
Notre démocratie n'est pas seulement blessée par ce côté là de notre société, elle l'est encore davantage par son asservissement à l'ordre économique. Pascal aurait pu parler d'un comportement ridicule, mélanger les ordres c'est ridicule. L'ordre politique ne doit pas être une réponse aux volontés de l'ordre économique. Or nous sommes désormais plongés dans une démocratie économique. Et non plus républicaine. Quelle valeur peut donc avoir encore ce mot, démocratie. Vous avez une preuve directe de ce comportement par les résultats sociaux de l'application des 35 heures. C'est au départ une bonne idée, partager le travail pour que tout le monde puisse travailler. Au lieu de cela, puisque l'ordre économique gouverne, le rendement est recherché, la précarité s'installe. Pas d'emploi et davantage de précarité. L'exact opposé des objectifs souhaités.
Je pense donc comme le prix nobel de littérature José Saramago, qu'il est temps de hurler pour que l'on nous rende la démocratie. Et cela doit se faire à tous les niveaux : la réhabilitation d'un vote significatif comme par exemple le vote blanc, la réduction réelle du temps de travail afin de la partager, la main mise de la politique sur l'humanisation de notre société. Ainsi elle devrait être régie davantage par le verbe et la philosophie que par le chiffre et l'économie. Mais là, cela demande à l'homme de se surpasser, de penser moins à son confort et davantage à celui de son prochain.
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[1] La lucidité (Seuil, octobre 2006) - titre original : Ensaio sobre a Lucidez (2004)- Portrait de l'écrivain
Un article d'André Conte-Sponville sur les ordres Pascaliens
[2] Vous me direz, sur quoi fondez-vous ces affirmations. Certes. Je vous mets au défi de trouver sur le Net des données fiables à ce propos, je vous demande donc de me croire sur parole! Ces affirmations, qui n'engagent que moi, sont le résultat d'entretiens avec les acteurs dans ce domaine, et très récemment. Faites votre propre expérience, interrogez les fonctionnaires de police ...
La plume est plus forte que l'épée
Par Honorgate
, le 23 Oct 2006 | Dans Vu de Face |
1 réaction » |

Un dialogue étrange fut celui qui m'opposa à un jeune homme convaincu de l'évidence des mesures à prendre dans les banlieues.
Pour lui, il n'y avait pas de doute. Pour définitivement faire cesser les comportements subversifs, il suffit d'y envoyer l'armée. Simple.
Mesures selon lui radicales qui seraient l'unique remède contre ces jeunes, souvent étrangers - tant qu'à faire - et qui ne jurent que par l'apparence.
La vie facile. Celle qui consiste à rouler en BMW M3, revêtu de Nike avec une montre Tissot au poignet, sans jamais travailler. Le deal, les petits trafics. Voilà selon lui l'avenir tel que l'imaginent ces jeunes. Sans doute est-ce ce qu'ils pensent. Sans doute.
Pourquoi alors vouloir chercher un travail qu'on risque de se voir refuser avec cette tête bien du Sud ? Qui plus est, si par enchantement, ce travail était proposé, pour gagner quoi ? Et la BM, et la sape, et la flambe ?
Selon mon interlocuteur, les jeunes des banlieues seraient mus désormais par l'exemple des grands frères, qui ont toutes les apparences d'un panache, de la classe. Ils ont réussi eux. Ça ce voit. Alors pourquoi pas moi ? Exit le bon citoyen qui rentre dans l'ordre, et qui va transpirer ... pour le profit des plus riches, sinon de qui ?
Car loin des concepts ignobles de la stigmatisation de l'étranger, ou de ce comportement certes peu vertueux mais tellement humain de ces grands frères, je lui disais que l'on pouvait avoir un point de vue autre, si l'on se référait à une source différente. Quelle est l'origine de ces comportements, qu'est ce qui conduit l'homme à devenir trafiquant bien sapé, plutôt qu'un honnête travailleur modeste ?
L'exemple de l'élite bien entendu. Celle qui parle pour les autres. La pression d'une société compétitive pour qui l'apparence est primordiale. Les vertus ne sont plus philosophiques, elles sont picturales. Ainsi les cadres qui partent à la conquête des salaires énormes -ainsi que leurs horaires du coup, et leur stress- oeuvrent pour exercer sur le citoyen classique, l'impression que le succès demeure dans la possession, dans le toujours plus.
Ainsi, plutôt que de se satisfaire d'une bonne compréhension de Voltaire, Spinoza ou Pascal, on apprend à nos enfants à reconnaître la grosse voiture, la belle maison, et la belle situation.
La réponse émise par mon interlocuteur, celle des militaires, n'est donc pas pensable. Tout d'abord parce que dans une république démocratique moderne, ce ne peut pas être une solution, ensuite parce que le fond du problème n'est pas dans les banlieues et leurs deals, mais bien dans ceux qui possèdent au départ l'argent, ceux également qui servent de référence morale. C'est bien là le fond essentiel du problème, notre modernité nous impose une morale, qui nous éloigne de notre condition humaine. Ainsi l'usage de la force ne permettrait sans doute pas de guérir le mal qui nous inquiète - inquiétude pourtant bien différente que celle des intéressés dans les banlieues -, la clé est en chacun de nous, que souhaitons-nous vraiment comme destiné ? Quel référentiel nous sera profitable ?
J'ai eu beaucoup de mal à citer quelques marques. Flûte, faire de la pub pour des choses que je déteste.
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Un dossier de Rezo.net sur les banlieues. Décalé, et pertinent.




