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Esquisses d'une éducation (1)
Par Honorgate
, le 3 Jul 2007 | Dans A Vue de Nez |
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Idées d'un papa en vrac
Il existe des gens qui estiment que d'avoir des enfants n'est pas une fin en soi. Lorsque ce sont des femmes, elles affirment même que c'est un acte purement égocentrique. Bien entendu, on entend également dans ce cas des tas d'arguments en faveur d'une liberté compromise. Mon idée est très éloignée de cette mouvance, et j'ai tout de même l'impression d'acquérir une autre liberté : celle de douter de toutes mes convictions, et ainsi celle de découvrir avec mes enfants, les fondements d'une future indépendance intellectuelle.
Cette indépendance intellectuelle n'est que l'aboutissement d'une longue période d'apprentissage pour laquelle les parents ont bien entendu un rôle central absolument indispensable. En ce sens, je ne pense pas que l'école puisse être un substitut. Je pense qu'être parent est une formidable aventure, qui loin d'être un miroir de vanité ou de complaisance est bien l'idée d'une quête de liberté. Pour cela je pense qu'il est indispensable d'avoir un esprit critique affûté sur notre environnement. Et cela passe par des choses très simples.
Le premier registre d'action est celui qui est imposé par les autres. C'est à dire, qu'il convient nous parents, d'éviter tous les poncifs de notre société, poncifs qui servent des intérêts mercantiles d'autres personnes. Des exemples : les couches culottes, les petits pots, l'équipement du bébé, l'habillement ...
Non, les couches jetables ne sont pas un progrès indispensable pour lequel nous devons affirmer que c'est génial. Je prétends au contraire que c'est discutable : 700 kgs de couches par bébés avant qu'il ne soit propre, des produits chimiques dont on pense qu'ils pourraient intervenir dans la stérilité des garçons, et un impact écologique évident du coup lorsque l'on sait qu'il faut entre 200 et 500 ans pour que ces couches soient totalement résorbées. Quant aux petits pots, ou petites assiettes pour parents surbookés, ça n'a aucun goût, c'est laisser à une idée d'entreprise, une marque finalement, quelque chose de complètement abstrait, immatériel, conceptuel, tout l'amour d'une préparation de repas dans laquelle on met toujours du coeur à l'ouvrage. Sans compter que les purées maisons sont les seules garantes d'aliments sains, frais, aux goûts variés, et mélanges selon les humeurs du moment. Une sorte d'harmonie avec son milieu de vie en quelque sorte. Comprenez, que l'achat et l'ouverture, "clac", du petit pot, se situe en dehors du temps de l'émotion, de la perception de son environnement; un changement de rythme dans une musique familiale. On peut alors ressentir si l'on s'arrête quelques minutes dans notre vie accélérée, une sorte de rupture avec cet objet qui vient d'ailleurs, conçu par d'autres, qui pourtant symbolise l'acte primordial de la nutrition de ses rejetons.
Finissons cette lançade enfin sur l'équipement et l'habillement. Pourquoi pensez-vous qu'il soit indispensable de dépenser une fortune dans ce domaine ? Parce que vous achetez du neuf ? Mais pourquoi ? Parce qu'on vous a toujours appris de la sorte. Certes, parfois on peut acheter d'occasion, mais pourquoi pas systématiquement ? Songez que vous pouvez habiller de manière tout à fait convenable votre enfant, sans cautionner pour autant un système qui incite au gaspillage. La réutilisation des textiles par exemple est une bonne idée pour notre environnement, et pour notre porte-monnaie. Et votre tour viendra, où vous pourrez vendre les lots de vêtements de votre enfant. Ces habits qui sont devenus inutiles - et inutiles également à votre poubelle.
Cette logique s'adapte parfaitement à l'équipement. Poussette, siège bébé, écoute bébé, et tout l'attirail, nous avons tous le même, ou à peu près. Et si nous profitions du déstockage des autres mamans afin de garder notre énergie pour des partages concrets plutôt que de s'évertuer à combler des besoins inventés par d'autres, qui voient dans votre bébé une excellente occasion de business ? Pourquoi pas, mais ce qui me dérange alors, c'est la juxtaposition d'une naissance humaine, et de l'accroissement des déchets, de la consommation d'énergie, et du serpent "toujoursplus" qui siffle à nos oreilles.
Notre future éducation que nous partagerons avec nos enfants, ne devrait pas faire l'économie des bonnes questions. Pourquoi tenter à tout prix sitôt la naissance faite, d'avoir deux salaires à la maison, alors que le second comblera peut-être bien difficilement les nouveaux frais de transport et de garde de l'enfant? Ce salaire pourtant ne comblera jamais la distance faite entre l'enfant et vous et le déficit créé des échanges filiaux complexes. Pourquoi ne pas profiter de la venue du bébé pour ralentir sa vie, la recentrer sur l'essentiel, sur les valeurs sentimentales plutôt que matérielles, et par la même occasion pour se placer dans la société en tant qu'individu cognitif, plutôt qu'automate dépensier ? Enfin, c'est le moment idéal de reconsidérer son impact écologique. Ne laissons pas à nos enfants payer la facture de nos approximations ou de nos erreurs. L'occasion est belle de modifier notre mode de vie, afin que ces futures générations aient la même chance que nous, ou plutôt davantage. Ce que vous ferez d'autres le feront peut-être. C'est ainsi que l'on avance - ou pas.
Une exposition pour extraterrestres
Par Honorgate
, le 11 Mar 2006 | Dans A Vue de Nez |
2 retours » |
Avec l'exposition Naissances, gestes, objets et rituels, je m'attendais à découvrir le monde féerique de la création de le vie.
Un monde plein de douceurs, couleurs pastels, tendresses, mais aussi de découvertes, de joies et bien entendu d'inquiétudes.
Au lieu de ça, je suis sorti de là effaré et réduit en un rien du tout fragile.
Certes, j'ai toujours préféré, bien modestement, étudier et comprendre l'homme côté cellules, ou philosophies. Alors une exposition blafarde, avec des odeurs insupportables, et une collection de bistouris, scalpels ou autres mannequins éventrés aux yeux exorbités, j'étais loin de mon imaginaire.
Des rideaux sombres partout, confinements et scènes étranges. Il se côtoie le regard d'un couple complice lors d'un accouchement, les gris gris des femmes africaines jouxtant la médecine européenne du début du XXème , les habits d'hôpitaux ou de sages femmes et les inscriptions sinistres comme "le risque zéro n'existe pas", et progressivement mes derniers espoirs se détruisirent. Ils furent définitivement anéantis lors de la vue des dizaines méthodes contraceptives - certes plus loin dans le musée - ou les foetus dans le formol.
Un moment j'ai cru revenir dans ma compréhension de la naissance lors de la découverte de trois écrans qui nous montraient différentes manières de laver un bébé. En Afrique, en Arabie et en Inde, elles savent y faire les femmes ! Des gestes sûrs, et beaucoup de patience. Malheureusement une femme passait par là, une vraie, qui visitait, et sa critique fut sans appel, elle qui sans doute en était au moins à son dixième enfant : "Pas étonnant que ces pays aillent si mal avec de pareils traitements". Aïe, et moi qui les trouvaient admirables ces mamans. Décidément je n'y connais rien, homme qui n'ai pas encore d'enfant.
Ce ne fut pas ces paroles qui me convainquirent de quitter rapidement ce lieu. Le décors consacrant les meubles pour bébés, les landaux, les couffins, n'est même pas dans les couleurs attendues. C'est électrique, triste, métallique et sans âme, hospitalier (dans la pire des configuration) en somme. Rien sur la coutume, la transmission orale du savoir-faire entre femmes dans tous ces pays pourtant rapidement présentés auparavant. Non, que de l'immédiat, des instantanés que pourrait avoir une femme sur son lit à roulette poussé par des sages femmes débordées dans un hôpital roumain sous Ceausescu. Certes j'y vais fort, et bien entendu ma vision d'occidental riche n'est pas celle d'une femme du Burkina Fasso ... Pas de paroles apaisantes, pas de lenteurs, point de mystères. Du tout tranchant, douleurs et catalogues de méconnaissances médicales, heureusement diluées dans des scènes de vie africaines.
Finalement cela ressemble fort à une muséographie close car l'immontrable ne devrait pas être proposé aux femmes enceintes, et la diversité ne me semble pas compatible avec l'austérité.Close encore dans l'aspect temporel, le passé se mélange au présent, où sommes nous? Et maintenant, pour nous est-ce encore cela ou autre chose? Le seul point commun demeure l'angoisse. La seule ouverture que vous attendrez alors, sera celle de l'esplanade du Trocadéro sous la pluie. Cela ne suffit pas à nier le gros travail fait bien sûr, trop gros sans doute, du coup la naissance n'est plus exceptionnelle. Elle aurait pu pourtant le demeurer dans sa complexe diversité, mais pourquoi alors si peu de joie, d'espoir ou d'impatience?
Un répit toutefois, fut lorsque nous regardions admiratifs, un bébé à la tétée. L'insouciant, il ne se doute pas lui, ce qu'est le monde autour de lui, et si vous aviez oublié que la naissance c'est l'angoisse garantie, je vous recommande d'aller voir cette expo. Si en revanche, la grossesse, et la perspective d'une naissance est pour vous synonyme de joies et de quelque chose de magique qui n'appartient qu'à vous et à votre conjoint, passez votre chemin, ou préparez-vous à faire des cauchemars dès la nuit suivante. Sauf si bien entendu vous n'êtes pas enceinte, ou un extraterrestre.
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Un dossier conscré à cette exposition, qui se tient au Musée de l'Homme à Paris du 9 novembre 2005 au 4 septembre 2006. Entrée plein tarif : 7€ - Prévoyez au moins 2 heures de visite.





