Espoirs et regrets
Par Honorgate le 5 Nov 2008 | Dans A Vue de Nez, Vues politiques |
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Une perception française, à chaud, de l'élection américaine de 2008.
Les américains ont su saisir leur chance. Élire à la tête des États Unis un président noir est un pari audacieux pour lequel peu de monde se serait engagé il y a un an.
La chance était à saisir, car après les calamiteuses années Bush, on pouvait soit tenter un sacré changement, au moins symbolique, soit poursuivre dans une voie déjà connue, même si le candidat républicain n'avait rien à voir avec le concepteur de l'axe du mal.
Au moins en tant que Français partisan de Mme Royal, cela fait plaisir de constater que des peuples sont audacieux en démocratie.
(Photos AFP / Lemonde.fr) En France, on n'ose pas. L'élection de M.Obama nous laisse un drôle de goût. Celui peut-être d'une opportunité ratée. Car si le 44ème président des Etats-Unis signifie l'espoir, et se distingue nettement de ses prédécesseurs, le président français actuel nous rappelle régulièrement un W.Bush ou une Tatcher. Dans l'état actuel des choses, les fonctionnaires sont jetés en pâture à l'opinion publique, le système de santé est bradé aux plus riches et aux mieux portants, les personnes du troisième âge vont devoir acheter des béquilles plus robustes pour exercer un job au rabais parce que les apôtres de la loi de la jungle ont décidé que le travail était la quintessence des valeurs.
Le président français est un homme qui se déclarait héraut du pouvoir d'achat, et qui aujourd'hui jette de tous côtés des fumigènes afin de masquer une crise, ou en tous cas de protéger les responsables, souvent banquiers, de cette débâcle capitaliste. Un homme pour qui tout était possible, mais pour qui finalement le champ des possibles se cantonne à la gesticulation et au verbe.
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La bande à Sarko par exemple, est persuadée, en tous cas nous le dit, que la gauche crée les déficits, alors que la droite tempère les dépenses. Constatons qu'aux USA c'est exactement l'inverse et tant pis si l'on ne peut pas dire qu'un démocrate américain est de la même gauche qu'un socialiste français. Cette même équipe prétend régler les problèmes en balançant le Français dans la tourmente du système au mérite, dans lequel seuls les plus forts surnagent, oubliant du même coup l'essentiel d'une vie, oubliant également les devoirs d'une République censée offrir à tous la sérénité d'une vie, fusse t-elle toute simple et sans panache.
En France, nous restons bien campés sur nos habitudes. L'état est tenu par des serviteurs, qui, repus de leurs acquis, laissent quelques miettes aux citoyens en leur disant que de toutes manières ils abusent de l'État. L'élitisme français est encore à la mode, on détermine un salaire en fonction des diplômes et non des valeurs humaines propres. On récompense le patron qui gagne 300 fois plus qu'un ouvrier lorsqu'il licencie.En France, on ne vote pas pour une femme.
En France on a de belles choses acquises durement que l'on s'empresse de sacrifier sur l'autel du business. En France les défavorisés sont soutenus par la République, mais pour certains ce n'est qu'encourager les feignants. Aux USA, on vote pour un noir et on espère créer une dynamique qui permettrait l'avènement de l'équité.
Aux USA, Barack Obama parle de Nation et de diversité pendant qu'en France Nicolas Sarkozy dresse les corps de métiers les uns contre les autres et humilie le modeste à la santé fragile qui sent le billot se positionner derrière sa nuque.
Aux USA, un président noir-américain prononce des discours qui redonnent espoir à tous, pendant qu'en France un président bling-bling plonge la société des humbles dans un profond désarrois dont ils mettront longtemps à se relever, à moins qu'ils n'en aient pas le temps à cause de leurs heures sup'.
Élire un Noir aux USA est un espoir symbolique. Les valeurs ont besoin de symboles, et les symboles expriment les valeurs. Aux USA, le citoyen saisit la chance lorsqu'elle se présente, sans attendre. En France, on préfère être certain d'être tout au fond du gouffre pour chercher un peu d'air. Aux USA, la nation se rassemble autour des symboles pendant qu'en France on détruit le référent.
Barack Obama est donc tout ce que Nicolas Sarkozy n'est pas. Et lorsqu'on assiste à une telle élection depuis notre beau pays, on ne peut que regretter notre vieille démocratie qui ne sait pas prendre le risque du symbole.
Là-bas en Amérique, on sait que le moteur d'une démocratie est l'espoir. En France on préfère mettre un mouchoir, Hermès, dessus.
(Stevie Wonder - For Once In My Life)
. Les élections américaines des USA ne ressemblent pas aux nôtres. Connaissez-vous par exemple la complexité du bulletin de vote là-bas ? Voici un exemplaire du Colorado.
. Si l'élection de M.Obama est forte en symbole, elle ne serait en revanche pas nous faire oublier qu'en politique il n'y a pas de providence. Ainsi les espoirs sont légitimes, les résultats en revanche seront d'un autre acabit. Au moins le moteur de l'espérance est lancé, c'est sans doute bien l'essentiel. Qui en France aurait la prétention d'en faire autant ?
5 commentaires
Bon, OK, c'est historique. Ceci étant dit je suis affligé par la pensée unique qui sévit encore une fois. Certes on a évité le pire et on peut se réjouir de l'élection d'Obama mais cette explosion, ce délire, cette liesse mondiale me parait irrationnelle. Obama reste un type légèrement à droite de Sarkozy, il a dit qu'il renforcerait les forces US en Afghanistan et qu'il redonnerait aux États Unis la première place diplomatique (au détriment des autres pays). Il veut créer une sécurité sociale aux States et c'est bien mais n'oublions pas que Clinton voulait AUSSI le faire et qu'il n'y a pas réussit en deux mandats. Obama EST un américain pur jus et défendra comme ses prédécesseurs une politique d'hégémonie américaine sans grandes nuances. Alors Vive Obama mais ne nous berçons pas d'illusions.
Personnellement je ne crois pas, surtout pour ce pays multiple, à l'Homme providentiel. Le changement se fera plus dans la forme que sur le fond.
Et pendant ce temps là nous avons Sarko (pro Obama)et Hollande (Pro Obama aussi) D'ailleurs tout le monde est pro-Obama.
Ce n'est pas sain.
Je suis tout à fait d'accord sur l'application concrète et politique de l'évènement.Mon propos voulait se limiter à l'aspect émotionnel dans le registre social. C'était aussi le moment de nous regarder dans ce miroir que nous tendaient les Américains.
Qu'on le veuille ou non, ce que feront les USA, aura un impact sur nous. Et cela d'autant plus comme tu le dis, que tout le monde est pro-Obama.
Enfin pour le moment, car lorsqu'ils seront à nouveau face aux exigences de la réalité, comme tout espoir déchu, ce sera la curée.
De très intéressantes analyses succinctes sont diffusées sur le net.D'aucuns prétendent sans doute à raison, qu' Obama n'est qu'un spectaculaire président pour le moment, et que derrière il n'y a que le néant.
C'est dommage je pense de réduire l'espoir à un bulletin de note, à un devoir sur table qu'un élève devra rendre dans les temps, et bien fait qui plus est. Je crois que certaines choses ne peuvent pas être quantifier.
L'espoir est un moteur qu'aucun économiste ne pourrait mettre en équation. Je sais que cela gène beaucoup les hommes modernes qui ne jurent que par le business, mais on peut sans doute tout faire avec de l'espérance et en revanche rien sans.
Certes, je rejoins les observateurs sur les dangers de l'homme providentiel, je l'ai dit. Pourtant je pense que les grandes destinées commencent souvent par un symbole. Car l'homme repose son action sur ses valeurs, et les valeurs ont besoin de symboles.
Sans trop grossir le trait, cette élection a tous les ingrédients d'un futur succès, en tous cas d'un sacré progrès.
Combien même la réalité soit souvent autre chose en effet. Et dans une société aussi disparate, le sensationnel est un élément fédérateur. Bien sot serait celui qui croit à la technique de la candidature intellectuellement optimale. Dans notre monde fondé sur l'instantanéité des choses ce serait sans lendemain.
Le leader ne peut pas être un technicien, ce ne pas être non plus un philosophe, ce ne peut-être qu'un homme spectaculaire. Les équipes feront le reste, sans doute.
Ca me rappelle un peu l'enthousiasme avec lequel on avait reçu l'annonce de l'élection de François Mitterrand.Cet espoir que tout allait changer.
On est "redescendu" au bout de quelques mois.
Comme tu le dis, il y a l'espoir. Mais la force d'inertie d'une économie, d'une façon de penser est telle qu'il lui sera très difficile (et à condition qu'il le souhaite) de changer la mentalité américaine qui est quand même bien particulière. Il est effarant de voir qu'aux États-Unis les deux mots d'ordre sont : "TRAVAILLER ET CONSOMMER". Il faut vraiment le voir pour le croire.Quand au rapport de l'Amérique du Nord avec le reste du monde il suffit de savoir que ce pays, depuis 1942, a TOUJOURS été en guerre !
Alors l'espoir, oui mais...
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