De l'opportunité des commentaires sur le Net
Par Honorgate le 16 Sep 2008 | Dans Cyber-vues |
7 retours » |
|
L'espace libre d'accès est-il en danger ?
Depuis quelques années, le grand challenge sur le Net est de publier un papier qui génère un nombre certain de commentaires. Et si ces commentaires pouvaient être écrits par des personnalités ou des experts, alors c'est le jack pot assuré. Tout internaute responsable qui se sent concerné et qui a quelque chose à dire, est tenté de laisser à un moment ou un autre un commentaire. Pourtant, à l'usage, il semble que l'on ne peut que constater notre présence dans une sorte de temple de l'inutilité. Illustration de Carioca
Toute la question est alors de définir ce qui peut être utile ou non. L'internaute un peu candide comme moi, espérait, et le souhaite toujours, que le Net fût un vecteur exceptionnel de partage du savoir, ou de simple divertissement. Ainsi, nous pensons que le fait de laisser un commentaire après un article de presse ou un papier de blog, doit être quelque chose de construit et d'un petit peu agréable à lire. Soit on félicite, soit on objecte, soit on apporte des éléments supplémentaires utiles à la réflexion. Voilà l'idée initiale que nous nous faisons de cet outil.
La contrepartie de cette activité est bien entendu l'aspect technique favorable, avoir accès facilement au réseau, mais aussi savoir taper rapidement et aisément sur un clavier - et donc ceux qui ne le savent pas n'en demeurent pas moins intéressants, mais nous ne le saurons jamais. C'est aussi avoir le temps de faire deux choses essentielles : lire correctement le document et avoir le temps d'écrire et d'élaborer sa réponse, avec si possible les références nécessaires. Je ne vous cache pas qu'en disant cela, on retire de facto l'immense majorité des internautes. Car il est une chose certaine, c'est que le temps est incompressible.
Suite:
Ces impératifs qui semblent donc des conditions initiales à un bon commentaire, pourraient être relativement peu fréquemment réunis. Surtout si l'on observe nos voisins, nos amis et notre propre condition de vie. Pourtant les commentaires sont légions.
Et si on considère certaines limites inévitables à cette pratique, on ne peut que douter de l'opportunité des commentaires sur internet. Ceux qui commentent sont souvent les mêmes. La masse des commentaires n'est pas proportionnelle à la qualité, ce serait plutôt l'inverse. Tout administrateur de site web tient ainsi compte du flux de commentaires. C'est pourquoi par exemple, Rue89 qui aime la transparence (puisque c'est réac') a publié ses chiffres en juillet 2008 dans ce domaine. Ils montrent que moins de 1% des lecteurs d’un site font des commentaires, mais là où le bât blesse c’est que 80% des commentaires sont postés par seulement 10% des internautes inscrits, soit finalement moins de 0,1% des lecteurs ![1]
On constate que la masse des commentaires est donc à relativiser, et ne saurait être une satisfaction immédiate de réussite.
Ceci vaut donc pour le côté quantitatif. Pour ce qui est du qualitatif, nous sombrons dans la désespérance.
Photo XL'utilité ou plutôt l'inutilité des commentaires trouve sa source dans la qualité des réponses, mais surtout dans l'origine de la volonté de répondre. Dans très peu de cas cette volonté semble exprimer un désir de partage ou une connaissance supplémentaire gracieusement offerte. Dans la plupart des cas, il s'agit d'invectives, de fiel lâché afin de libérer une journée trop remplie, ou un point de vue squelettique sur un évènement. Quasiment systématiquement s'il s'agit d'une personne objet du papier, cette dernière est attaquée. Il faut dire que c'est bien agréable de taxer autrui de bon à rien, cela pourrait éviter d'y penser pour soi-même. Un épisode récent sur le blog Secret Défense montre qu'on peut parfois se résoudre à supprimer même l'accès aux commentaires. A défaut de consulter un psy, on utilise alors le Net, sauf que cette méthode importune tout le monde et n'arrange pas les problèmes de l'auteur. Au contraire. Lisez les commentaires de ce blog lorsqu'ils étaient libres, vous constaterez que l'homme internaute qui commente, ne respecte rien, même pas lui-même. C'est le propre de la lâcheté.
Dans le même esprit, si vous lisez le nouvelobs.com, je vous mets au défi de trouver un seul article qui soit correctement exploité par les internautes qui commentent. C'est tellement répétitif, prévisible et consternant, qu'on peine au bout d'un moment à aller lire quoique ce soit. Du reste les administrateurs du nouvel-obs semblent percevoir ce problème puisqu'ils proposent désormais un club privé afin que les internautes généreux et crédibles puissent apporter leur contribution sans que celle-ci ne soit noyée dans la boue des invectives.
Un espace de liberté formidable est offert, et voyez ce que l'homme en fait. C'est à désespérer !
Finalement, les commentaires sur le Net, du moins ceux qui font suite à des articles, sont certainement une des causes principales de la perte de temps qu'engendre la lecture d'informations sur internet. C'est particulièrement vrai pour les sites d'information générale. Alors que les médias semblaient trouver un second souffle grâce au réseau des réseaux, il se pourrait bien que l'attitude destructrice des internautes (certes une fraction, mais tellement visible) puisse à terme les desservir. Pire, le modèle gratuit du Net pourrait être mis à mal par ces comportements pour finalement dévier vers le modèle corporatiste ou de caste, ce qui serait une horreur pour ceux qui croyaient au Net universel. On comprend bien en effet, qu'il s'il faut un lecteur modérateur derrière chaque participation, cela ne peut être fait que par des gens qui vivent d'amour et d'eau fraîche.
Heureusement internet est suffisamment vaste pour laisser une bonne place aux sites communautaires à l'instar des forums spécialisés, lesquels grâce à l'énergie et la volonté sans faille de leurs administrateurs offrent un espace d'échange précieux et pertinent.
Sans doute la mode des blogs a-t-elle contribué à la dégradation des échanges. Gageons qu'un nouvel équilibre se fasse, espérons surtout que les malades qui transmettent leurs tourments trouvent d'autres voies de guérison que la cyber-contamination systématique.
Remarquons au passage qu'il n'est nul besoin d'écrire un commentaire sur un blog pour paraître tourmenté. Jean-Marie Bigard nous l'a démontré en s'exprimant sur les attentats du 11 septembre, dans une émission d' Europe 1 début septembre 2008. "Un lâché de connerie" en somme ! (expression heureuse de Laurent Well sur l'hebdomadaire du Nouvel Observateur.)
[1]
Un papier très bien fait à ce sujet sur Nonovision
7 commentaires
Du coup, on hésite à laisser un commentaire... En fait tu soulèves deux problèmes. Le premier est tout simplement la capacité, pour un lecteur, de lire un texte en le comprenant, de l'analyser et éventuellement d'y répondre. D'après des études très sérieuses, une majorité de nos concitoyens en sont incapable !
Le deuxième est, je pense qu'il est facile, trop peut-être, de laisser un commentaire. C'est un peu le système du courrier des lecteurs sans les contraintes (écrire, coller un timbre, dse déplacer pour poster sa lettre). Je suis personnellement abonné à diverses revues et journaux et je n'ai jamais ressenti le besoin d'écrire à ces périodiques. Et pourtant il m'arrive souvent de commenter certains billets sur le net. D'ailleurs en relisant mes commentaires, je dois avouer que je me rends bien compte qu'ils sont trop souvent mal construits et peu intéressants. La facilité et la rapidité de répondre à un billet en est sans doute la cause (plus, comme tu l'écris une certaine paresse et un manque de temps).
Ceci étant dit, à part la quantité, le commentaire n'est pas différent du courrier des lecteurs. Pour se faire une idée de la noirceur de l'âme humaine, lisez donc de temps en temps celui du "Figaro Magazine". Il fait passer les idées de Le Pen pour de douces utopies hippies.
Internet ne fait qu'amplifier ce qui existe déjà depuis toujours. En bien comme en mal.
C'est vrai que l'on retrouve l'ère du courrier des lecteurs !Tu vois je n'y avais pas pensé. Comme quoi ton commentaire est utile !
Malgré mes propos dans ce papier, qui visent cependant particulièrement les zones de commentaires des grands quotidiens nationaux en ligne, je crois vraiment que l'on peut en quelques lignes élargir le point de vue présenté par un papier.
Du reste c'est ce que tu fais ici systématiquement, et je t'en remercie. En effet je crois que cela apporte une réelle plus-value. Mais parce que tu fais l'effort de partager quelque chose, aussi modestement fut-il.
C'est donc bien une question de volonté, une question d'hommes, et c'est pourquoi le comportement condamné dans mon papier est proprement honteux. Il fait peur également, surtout lorsqu'on cherche les tenants et aboutissants, et que l'on constate les conséquences de tels actes.
Ouch ... va falloir en effet faire gaffe à ne pas dire trop de bêtises alors Je ne sais pas si le commentaire d'article (presse ou blog) a vraiment un autre rôle que celui de la réaction (à chaud - et donc plus ou moins contrôlée - ou après plus de réflexion).
Cette réaction peut être stérile ou non, servir à l'auteur ou non, mais je ne vois pas pourquoi les lecteurs-commentateurs seraient tenus d'apporter du fond à un article. S'ils le font, cela améliore bien sûr la qualité du site, c'est indéniable, mais cela le rend aussi moins accessible. Et si l'on doit débattre de chaque information, surfer devient vite impossible dès lors qu'on a plusieurs centres d'intérêt et un temps non extensible ...
De plus, ce genre de site correspondent plus à une communication "mono-directionnelle", contrairement aux wikis ou forums dont le but est plus communautaire.
Bref, je considère les commentaires comme un bonus (optionnel donc) qui ne donne finalement qu'un faux résumé de l'auditoire, ce qui n'empêche pas que l'article /le site soit bon en fait ...
Une petite ouverture quand même (pour ne pas me faire tapper sur les doigts
) Certains site proposent l'édition de ses commentaires, ça permet éventuellement d'y revenir en cas de réaction trop rapide et ma foi, c'est déjà pas mal, mais le top serait que l'administrateur (voir les lecteurs ?) puisse tagguer les commentaires en catégories simples (voire une sorte de vote) ... et qu l'on puisse filtrer. Je crois même avoir déjà vu ça qq part ...
Tiens, un commentaire inutile pour le commun des mortels : j'adore toujours tes illustrations !
Au fait, à propos de Jean-Marie Bigard, si vraiment ce gars est le comique préféré des français comme je l'ai entendu dire plusieurs fois, c'est à désespérer définitivement de l'intelligence de nos contemporains. Je ne supporte tout simplement pas ce type.
Je suis parfaitement d'accord sur le fait que l'on puisse simplement répondre légèrement à un article de presse de ou de blog. Bien entendu ! Personne n'est tenu d'être sérieux, tout le temps. Et tous les sujets de toutes les manières ne le sont pas. Cela dit les sites demeurent thématiques. On sait bien où l'on met sa souris.Mon propos visait en fait davantage les invectives. Regardez les commentaires sur les grands quotidiens nationaux en ligne, peu sont dotés d'un humour léger et agréable, et lorsque le commentaire ne tient pas à alourdir l'ensemble de choses graves ou sérieuses, c'est pour injurier, opposer brutalement, prendre à défaut ou encore déconsidérer quelqu'un.
C'est bien ça qui pose problème. Que des gens aient 5 minutes à perdre en insultes est pour moi une énigme.
Encore une fois il faut bien je crois se rendre compte que nous sommes dans le domaine écrit. Un écrit reste, est relu, s'impose finalement.
Et pour l'autre comique populaire de Bigard, je ne l'aimais déjà pas tellement avant (hormis ses premiers sketches excellents), mais là, c'est le pompon.
Au fait, tu dis : "L'internaute un peu candide comme moi, espérait, et le souhaite toujours, que le Net fût un vecteur exceptionnel de partage du savoir, ou de simple divertissement".Mais ça l'est non ? Disons qu'avec la banalisation du PC et d'internet, il devient plus populaire, moins élitiste. Il y a de plus en plus de sites racoleurs ou vulgaires (je ne parle pas des sites classés X
Mais faisons confiance au sacro-saint marché. Ils trouveront bien un moyen de fabriquer un internet à leur image. C'est à dire totalement payant et totalement marchand.
Laisser un commentaire
| « L'actu des zozos (1) | Mirages démocratiques » |





