Foutoir médiatique, liberté immédiate
Par Honorgate le 3 Jul 2008 | Dans Vu de Près |
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Notre liberté quotidienne devient symbolique.
Mme Bétancourt - car c'est de cela qu'il s'agit, dès sa libération par des militaires colombiens, a remercié le peuple de Colombie, les dirigeants colombiens, et le tout sur les télévisions colombiennes, en espagnol.
A priori, les tracas des français ne se retrouvent pas là.
Au delà de l'évidente humanité que l'on peut avoir dans ces moments là, je suis stupéfait de l'exploitation de cet évènement, car je ne le comprends pas. Souffrez alors que j' expose sommairement une vision un tout petit peu différente du fracas médiatique que cela a généré. Illustration Karem Beyit
Ne sommes nous pas dans le mode de la pensée unique ? En effet, on vous classe l'émotion dans des petites cases toutes prêtes. Cela ne serait-il pas bien pratique afin de masquer les réels problèmes de tous les français ?
Bétancourt c'est le truc qui permet d'éviter de parler de tout le reste. Du pain béni pour la presse qui n'ose plus poser les bonnes questions à ceux qui ont la charge du pays.
Bétancourt est tout de même bien une affaire colombienne, qui ne manque pas d'intérêt. Et c'est pour cela que je gage que l'icône qui naît de ce cirque ne soit qu'un feu de paille qui n'aurait pas d'autre objectif que l'injection d'opium dans le pathos populaire.
Ce n'est pas comme si notre société était dans un état de grâce contemplative. On est loin de l'apaisement, les problèmes sont légions, et je ne crois pas que cela cesse de sitôt.
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Je rêve ainsi du jour où l'on arrêtera avec cette symbolique au rouleau compresseur. Bétancourt libre ça ne peut pas être notre liberté. Au contraire, plus ces notions seront injectées dans notre paysage quotidien, plus notre liberté deviendra elle aussi symbolique. L'expérience montre maintenant, que ces réjouissances là, ne concernent que les personnes qui ont le rôle principal. Il est fallacieux de croire aujourd'hui encore en les vertus d'une joie uniforme, au format bien défini car générateur de succès d'audience. Entendons-nous bien, la faute n'en revient pas aux acteurs, mais aux producteurs. Le pire sans doute, c'est que le critique que je suis et qui espère être encore un peu autonome, est quant à lui pris en otage par les prêtres de l'émotion instantanée. J'aimerais ne point avoir à transcrire en effet cet épisode en quelque chose d'acceptable pour mon âme libre. Ne suis pas à l'instant un odieux personnage qui maltraite un moment pourtant si heureux ?
Notre liberté serait du coup de ne pas écouter ce fatras médiatique, et de savoir placer à bon escient notre émotion, selon notre propre jugement, indépendamment donc des courants de pensées formatés. Ceci afin de pouvoir encore exiger d'autrui qu'il œuvre pour notre réalité quotidienne, avec sérieux, et non en pratiquant l'art militaire du camouflage, mais aussi avec honnêteté en acceptant la dure réalité de notre condition, celle que si la joie se partage, l'action appartient à chacun d'entre nous.
Le monde moderne, médiatique, est un vrai foutoir. C'est un déversoir chaotique pour valeurs de pacotilles. Nos représentants nationaux en usent et mes concitoyens se gavent de cela peut-être sans le savoir, ce qui serait finalement un moindre mal.
Prenons garde tout de même, car cela préfigure le début de l'ensauvagement [1]. Nos enfants n'auront du coup, peut-être pas les ressources nécessaires pour réparer nos approximations. Il n'est pas dit en effet que nous puissions user de ce luxe encore longtemps dans un monde voué à l'individualisation. Soyons alors nous-même les héros du quotidien, ce serait certes moins spectaculaire, mais tellement plus profitable, pour tous.
• L'auteur de l'illustration, Karem Beyit, n'avait initialement voulu aucune connotation politique dans son oeuvre. C'était pour lui un pur exercice de style. Je le prends aussi comme tel.
• La libération d'Ingrid Bétancourt a fait l'objet de 50 minutes d'infos sur les chaînes publiques le 3 juillet 2006 à 13 heures. Ingrid Bétancourt fut un des objectifs prioritaires du président Sarkozy. Pendant ce temps, Aung San Suu Kyi, 63 ans, est le seul prix Nobel de la paix a être privée de liberté, et tout le monde s'en moque.
[1] Terme utilisé par Thérèse Delpech
7 commentaires
Depuis le début, on pouvait s'étonner du battage médiatique incessant fait autour de la captivité d'Ingrid Bétancourt. Le mélange parfait de la politique et du people avec une pointe d'aventure. La récupération de cette affaire est incroyable. En ce moment c'est un déluge d'images autour de cette (heureuse) libération. Quand aux autres otages encore aux mains des FARC (des centaines)tant pis pour eux. Entendu hier Rama Yade oser dire (cette femme est décidément détestable) que c'est grâce à la diplomatie de Sarkozy qu'Ingrid Bétancourt fut libérée ! Un bon moment quand même : voir Kouchner totalement ignoré des caméras se forcer à sourire au troisième rang, essayer, en vain, d'attirer l'attention... c'était grand ! Le pire est à venir. L'arrivée de l'avion en France avec le couple présidentiel et toute la clique politico-médiatique.
Madame Betancourt est une femme admirable, de gauche, et je suis immensément heureux de sa libération. Il faut quand même rappeler qu'il y a quelques mois on nous assurait qu'elle était mourante. Elle me parait pourtant loin de l'être.
On passe bien sûr sous silence le fait que la Colombie dirigée par Alvaro Uribe est un régime de droite dure alliée de Bush guère plus fréquentable que les FARC. Tout est simplifié pour ne garder que l'image de l'immédiat, de l'émotion aux dépends du fond, de la raison. Comme toi je m'inquiète des conséquences de cette information tronquée, simplifiée à l'excès et même souvent faussée par la mise en avant d'un fait heureux en passant sous silence une multitude d'autres tout aussi importants. Tout est fait pour "servir" au téléspectateur un spectacle et non pas un fait. Il n'y a rien avant, rien après. Juste l'instant !
Bref tout est fait pour, encore une fois, empêcher le citoyen de se forger sa propre opinion. C'est très grave car pour cela on "omet" de soumettre à sa réflexion certains faits qui pourraient l'éclairer.
Le déluge actuel d'images diverses sur cette affaire dissimule en fait un incroyable manque d'informations réelles.
Place maintenant au cirque médiatique et à la récupération politique !
En effet, Barnum est de retour !Pour ma part je décrète (mais ça c'est depuis le premier titre que j'ai lu à ce propos) un boycott intégral de tout ce qui peut se référer à Mme Bétancourt.
Elle vient d'être libérée, la voilà de nouveau prisonnière.
Je ne serai pas complice de cette curée.
Ses premiers mots furent pour remercier Dieu, Alvaro Uribe et Sarkozy.... Elle commence déjà à me gonfler !

Mme Royal a tenté de donner la voix de la vérité sur cette affaire, en annonçant simplement la même chose que le secrétaire général de l'Elysée quelques minutes après l'annonce de la libération.Elle reçoit actuellement une pléiade d'insultes.
Or elle avait, et a toujours, parfaitement raison.
S'il fallait s'en convaincre, il suffit de lire les journaux étrangers. Car en France, comme par hasard, il y a consensus, ou presque.
Ainsi Betapolitique le répète, et le site, plus orienté certes Intox 2007 également. Mediapart.fr quant à lui, et comme d'habitude, nous propose une version non édulcorée, et honnête, de cette histoire.
Finalement, la lecture des blogs permet d'avoir un avis bien éclairé !
Ségolène avait certes raison mais politiquement c'était une terrible erreur. Il fallait attendre quelques jours que la joie (légitime) de tous laisse un peu la place à la réflexion...Elle fait quand même beaucoup de gaffes je trouve.
Toute vérité n'est pas bonne à dire.... à chaud.
Je pense le contraire.Pourquoi laisser, toujours au même, l'exclusivité de la compassion, de l'émotion, mais surtout de la récupération.
Un bon coup de serpe là dedans, c'est parfait. C'est certes un risque politique, mais c'est surtout courageux.
De toutes manières, c'est "tout bénéf" puisqu'ainsi au congrès de l'UMP, on ne parle que d'elle. Histoire sans doute de masquer le fait que seul Sarkozy décide dans ce pays.
On vient enfin de se rendre compte de la mascarade, et du l'usage abusif, par exemple, du sigle de la Croix-Rouge lors de l'opération.On commence ainsi à comprendre que pour le bienfait d'une politique à grand spectacle, on est prêt à sacrifier les actions futures des ONG et de la Croix-Rouge ?
Pour une femme bien financée, bien entourée (mais qui délaisse ses enfants) dont l'action est assez limitée in fine on est prêt à compromettre toutes les autres, et tous les autres otages ?
Bravo ! Bel équilibre !
C'est tout plein de bon sens cette affaire. Quelle honte !
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