Les religions alternatives
Par Honorgate le 24 Mar 2008 | Dans Vu de Face |
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Vases communiquants
Si vous êtes mère ou père de famille, vous ne pourrez sans doute pas éviter de croiser sur le Net des personnes qui comme vous croient en certaines valeurs. Sauf que si pour vous l'honnêteté en est une, pour eux ce serait davantage le Bio, être maman au naturel ou leurs déclinaisons. Et vous le constaterez sans erreur, puisque vos recherches en tant que parent ou futur parent vous conduiront à portage, parentalité douce et respectueuse, co-dodo ...
Les statistiques nationales montrent que les naissances se déroulent bien. Le taux de mortalité infantile reste très faible, et le développement de nos têtes blondes au sein de notre société ne pose pas de problème majeur. Pourtant si on lit ces personnes qui vantent un comportement systématique: - Et comment donc, vous ne faites pas ça, vous? Pourtant c'est ce qu'il y a de mieux !, elles seules sont sur la bonne voie.
Certes, l'alimentation bio a quelques vertus. Pas tant d'un point de vue de qualité chimique finalement - allez me trouver un champ en France ou en Europe parfaitement sain - mais au moins en tant que vecteur de valorisation des petits commerces. Certes mai 68 (vous n'y couperez pas) a permis l'émergence d'un apprentissage plutôt qu'un domptage. Pourtant comment comprendre celles ou ceux qui prônent un art de vivre comme le ferait un gourou d'une secte ou plus simplement le prêtre lors de son sermon ? Parfois, celles qui vous annoncent que leurs choix s'imposent naturellement et devraient également être les vôtres, ne vont plus à l'église, mais ont construit l'autel devant leurs certitudes. La bio-attitude comme une nouvelle religion, voilà ce que vous découvrez !
Suite:
Ce qui est gênant finalement, ce n'est pas leurs tentatives de vous faire découvrir leurs choix, c'est toujours intéressant - au moins dix minutes, mais leur vocabulaire incisif, pénétrant, inquisiteur presque, qui vous met dans le doute, et vous fait penser que vous êtes une mère ou un père bien sot. Car dans le brouhaha des connaissances et des expériences, ces gens là n'ont compris que la voie de la systématisation et du cloisonnement. Dans un choix vertigineux d'art de vivre, ils tentent d'échapper à la réalité parfois féroce du hasard et des relations avec les autres. Pure mesquinerie, car le commerce traditionnel a bien rapidement trouvé le filon. Ceux qui vendaient hier des produits de consommation de masse vous vendent aujourd'hui la rareté, le délicat légume doucement cultivé avec la passion d'une grand mère. Pure illusion.
Pourtant ces personnes affirment détenir la vérité, et n'hésitent pas à prendre des risques sans le savoir, mais surtout à en faire prendre aux autres. Ainsi elles refuseront avec audace l'assistance médicale pour un accouchement, et dénigreront les moyens techniques mis en place de manière classique. A vouloir l'exception, elles s'imaginent exceptionnelles, et élevent leurs certitudes en foi absolue, et se croient même immortelles, en tous cas à l'abri des soucis de nous autres païens. Dans cette logique, elles culpabilisent les mamans qui ne sont pas en mesure d'allaiter leurs enfants - Vous comprennez, l'allaitement permet d'augmenter le QI de votre enfant ! Cet épisode est toujours délicat et important. Ne vaut-il pas mieux en effet nourrir son enfant avec plaisir plutôt qu'en serrant les dents au nom de principes ?
Ces personnes là ont sans doute tort de se singulariser à ce point. Elles ne peuvent pas être singulières autrement que dans leurs créations. Dans la vie, elles trouvent simplement une voie - au demeurant tout à fait respectable - mais elles oublient le doute et la diversité. D'autres font des choix différents, par expérience ou par atavisme, faut-il pour autant les mettre à l'index, ou semer chez elles le doute ? Je ne le pense pas. En tous cas, je perçois du danger à s'identifier excessivement à un art de vivre, c'est une réponse maladroite à des peurs illégitimes. Puisqu'on le sait, statistiquement nous vivons de mieux en mieux depuis le début du siècle et nos enfants ne sont exposés qu'à peu de risques. La bio-attitude n'est pourtant pour rien dans cette affaire. Il serait sage alors peut être de trouver une autre voie de confiance.
Ce papier vint spontanément - comme souvent ceux du blog en fait - à la suite des expériences dont me fait part ma femme, avec d'autres mamans. Ce qui nous surprend principalement ce sont les décisions closes qu'elles s'imposent en conformité avec leur choix presque maniaque, et donc les risques nouveaux qu'elles générent parfois pour leurs enfants ou ceux qui auraient une oreille trop complaisante.
4 commentaires
Bah ! C'est bien naturel d'essayer de faire partager ses convictions. e ce qui concerne l'éducation c'est presque toujours un dialogue de sourd car comme le dit l'adage :"Quoique vous fassiez pour élever votre enfant, le résultat sera mauvais". On prend comme exemple ou comme contre pied sa propre éducation, ses diverses influences, ses convictions et on mélange avec celles de sa conjointe et ça donne... un résultat toujours surprenant et aléatoire ! Le tout en fin de compte est bien de ne pas être trop rigide ni arquebouté sur ses principes et d'essayer d'élever son enfant en un faisant un individu libre de penser, sain et autonome. Mais tellement de paramètres rentrent en jeu que cet objectif est lui-même assez ambitieux.
Mes parents ont longtemps été effarés de voir le résultat de leur éducation sur moi !

C'est certain qu'être parent est un apprentissage quotidien ! Ce qui m'interpellait c'était davantage celles ou ceux qui tentent d'exporter leurs convictions, quitte à vous faire douter.
Je découvre ton blog... et je suis assez d'accord avec ton article, avec quelques bémols cependant.Pour bien connaître ces mamans "au naturel", je ne peux te suivre qu'à moitié.
Oui, parfois cette attitude tend à culpabiliser l'autre, à tendre à croire que tout ce qui est fait autrement est mal fait, voire dans des cas extrêmes à pousser à des attitudes dangereuses (dans certains cas, on peut se méfier de la médecine, dans bien d'autres, c'est s'en méfier qui est dangereux : il n'y a qu'à voir le cas de cette petite fille décéde de malnutrition cette semaine).
Là où je serais critique aussi, c'est sur cette "consommation alternative" : car si certains se prétendent pour la décroissance, finalement ils ne font que substituer une consommation à une autre (c'est vrai pour les couches lavables, les vêtements en coton bio, les écharpes de portages, mooncup et que sais-je encore...)
Je crois qu'on a toujours tort de donner des conseils à qui ne nous en demande pas, et à prendre ses intuitions, convictions et attitudes comme des modèles valides pour tous.
Mais si ces forums existent, c'est justement parce que la société française telle qu'elle est aujourd'hui, le discours dominant des revues de parents, sont aux antipodes de ce que certaines femmes ressentent. En tant qu'allaitante au long cours, combien de fois ai-je entendu que si j'étais fatiguée c'était de ma faute, que je n'avais qu'à faire ceci ou cela, laisser pleurer mon enfant, que j'allais le rendre dépendant ou que sais-je encore (comme si un enfant de deux ans pouvait être indépendant !) Si ces mamans se regroupent, c'est justement pour partager des choses qu'elles ont en commun et qui ne sont pas comprises par leur milieu familial ou amical.
Certaines ont sans doute tort de faire du prosélytisme. D'un autre côté, expliquer les bienfaits de l'allaitement (mais pas les histoire absurdes de QI évidemment !!!) n'est pas inutile dans une société ou le bébé est systématiquement associé au biberon, où le lait artificiel coûte très cher et couvre les pages de pub des revues féminines. Il ne s'agit pas de faire culpabiliser l'autre (ceux qui le font commettent une grossière erreur), mais simplement - comme le fait la Leche league - d'aider les femmes peu épaulées à ne pas abandonner QUAND ELLES VEULENT allaiter.
Quant au bio... je suis sans doute mal placée pour appuyer ton avis en revanche. Je pense certes que le bio n'est pas entièrement "nature" (loin s'en faut). Mais je préfère acheter mes légumes à un paysan du coin, des produits de saison, qui n'ont pas voyagé en dépendant du kérosène, pas subi l'irradiation des légumes de supermarché, pas été emballés dans des barquettes polluantes, qui ont connu la terre et le soleil plutôt que les lampes, le coton et les pesticides... j'ai vu un documentaire autrichien sorti au ciné l'an dernier qui m'a totalement écoeurée de la bouffe industrielle. Le bio n'est pas parfait, mais je le vis comme un moindre mal, sans illusions à outrance.
Mais ta présentation de la "bio-attitude" (plus multiformes que cela cependant) donne à réfléchir, et sur l'identification à un groupe, je suis totalement en accord avec ton analyse (qui pourrait d'ailleurs s'appliquer à presque tout phénomène de groupe).
Quelles que soient nos convictions, nos instincts, nos attitudes... il parait nos choix n'ont rien d'universel et ne conviebnnent pas à d'autres. On pourrait d'ailleurs appliquer cela en géopolitique... accepter l'altérité sans se poser en donneur de leçon ; ne pas tenter d'imposer à l'autre, mais l'accepter tel qu'il est comme son égal : n'est-ce pas cela la sagesse ?
Merci Matrone Je prends tes bémols comme compléments indispensables à mon billet.
J'aimerais cependant bien que les forums dont tu parles soient effectivement des lieux de rassemblement constructifs. Pourtant trop souvent lorsqu'on lit ces mamans, on a l'impression d'entendre le son désagréable de l'enrôlement sectaire. L'essentiel n'est peut-être pas de retenir cela en effet.
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