Lobbying en stock
Par Honorgate le 11 Fév 2008 | Dans A Vue de Nez |
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Vous pensiez avoir une opinion ?
La France, si elle ne découvre pas les groupes d'intérêts, renoue avec la gouvernance du lobbying massif, tous azimuts. Notre président de la République ouvre le bal, en annonçant ici et là, l'inverse et son contraire. A vous de voir ce qui est bon à prendre. Pour ma part, dans ma profession, tout semble s'améliorer d'un coup, selon les discours. Pourtant j'ai un doute. Tant de choses, en si peu de temps, d'un simple appel verbal présidentiel. Comment du coup avoir une opinion sur soi, son environnement et même ce qu'on avale ?
La politique c'est en effet très intéressant, mais la diététique l'est au moins autant pour nous tous. Est-ce que par exemple le café que j'avale est bon pour moi ? D'aucuns répondirent récemment, non, surtout si vous êtes enceinte. Des risques de fausse couche sont à redouter très sérieusement. Ah, mince ! Et la femme enceinte de dire: " Moi qui en buvait régulièrement, je vais donc arrêter, maintenant que je suis informée correctement !" Las. Le lobbying caféier, après nous avoir fait croire que le café est un luxe [1], dépêche subitement des spécialistes, médecins ou diététiciens, pour annoncer dès que l'occasion se présente, que le café est au contraire très bon pour la santé, à dose mesurée. Ouf ! Mais alors qui dois-je croire ?
Dans le même registre, les bio-carburants sont très à la mode. Moi même, de prime abord emballé, je suis devenu réticent. On nous disait, que les bio-carburants faisaient la richesse de Monsanto grâce à leurs OGM, et pire encore, ponctionnaient sur la surface agricole cultivable de la planète, en dépit des déficits de stock alimentaire et de la malnutrition galopante. Sauf que renseignements pris, la filière bio-carburant représente tout au plus actuellement 10% de la totalité de la surface agricole, et 15% à terme. Sauf que l'on nous matraque d'informations avec ça et que nous sommes en droit de nous demander à qui tout cela profite ? Au lobbying pétrolier bien entendu. Il faut vendre encore des voitures qui roulent à l'essence afin d'écouler l'or noir, quand bien même les prix augmenteraient - et les bénéfices avec. J'en ai eu récemment la confirmation [2]. Où ai-je raison finalement dans ce dossier ?
Suite:
La politique est une chose, la diététique une autre, et la santé est pour le coup essentielle pour vous comme pour moi. Dans ce domaine nous n'échappons pas au travail de sape des groupes d'intérêts. Un épisode récent pourrait le montrer. L'Organisation Mondiale de la Santé a revu récemment ses recommandations des normes glycémiques en matière de grossesse. En effet, l'OMS préconiserait de baisser les valeurs à partir desquelles une femme enceinte déclare un diabète gestationnel. Ceci est assez étonnant, car l'expérience montre qu'avec les normes actuelles, une grossesse est relativement bien gérée. Alors pourquoi descendre les normes à des taux proches de la perfection ? Les deux seuls objectifs que j'entrevois, seraient l'obligation de régime strict chez les mamans sujettes au diabète gestationnel, ce qui semble un peu risqué d'un point de vue médical, ou bien l'accroissement considérable du nombre de femmes mises sous protocole d'insulinothérapie. Ou comment vendre beaucoup plus d'insuline d'un coup ![3] Le lobbying de l'industrie chimique aurait donc bien fonctionné.
A partir de ces quelques exemples, comment ne pas croire que les groupes de pression explosent en France ? La facilité du gouvernement actuel à imposer le diktat de l'économie, l'impunité aussi de ceux qui jouent le monde au casino [4], contribuent sans doute à un tel résultat. Lorsque les seules valeurs sont le profit ou la croissance, comment s'étonner que les hommes s'adaptent en sacrifiant ce qui est nécessaire pour le succès de leurs stratégies. Et nous, simples mortels, nous devenons quoi, à part un peuple esclave de cette croissance, et des cerveaux susceptibles d'être manipulés par ceux qui ont tout à gagner ?
La première réponse que je pourrais apporter, serait sans doute la lucidité. Ne pas être dupes, accepter un peu les règles du jeu, mais savoir rapidement s'en détacher et lutter contre les excès. Et comment atteindre cet objectif autrement qu'en réfutant a priori l'appât du gain, au profit de l'intérêt collectif ?
Pensez au collectif, vous pourriez bien sauvegarder votre intégrité ! Et le miracle politique n'étant pas de ce monde, mesurez les conséquences de votre vote !
[1] Voir par exemple mon papier du 24 mai 2007
[2] Auprès d'une relation influente dans les groupes de pression agro-alimentaires. Vous devrez pour le coup, me croire sur parole !
[3] Ceci concerne les femmes présentant des symptômes de diabète gestationnel, qui voient leurs glycémies mal contrôlées par l'organisme, par la production d'hormones placentaires qui entravent l'action de l'insuline. Outre un régime strict, il peut devenir nécessaire d'injecter de l'insuline en prises régulières et calibrées. Cette insuline est de l'insuline humaine génétiquement contrôlée, créée artificiellement si vous préférez. Cela coûte une petite fortune, mais la vie est à ce prix car un corps maternel trop sucré implique que le bébé produise de l'insuline et sa santé en pâtit.
Plus d'infos sur le diabète gestationnel.
[4] Voir l'affaire récente de la Société Générale, pour ne citer qu'elle. Ou encore mon papier du 24 janvier 2008.
9 commentaires
LUCIDITÉ ! Tu viens de donner la solution. enfin une partie de la solution. Sans devenir paranoïaque pour autant, il faut toujours se demander si ce que l'on nous affirme est vrai, faux ou si ce n'est qu'une vision partiale du sujet. Nous ne pouvons pas tout savoir certes, mais il est primordial de se renseigner le plus possible tout en connaissant les limites de ces recherches. La connaissance d'un fait ou d'un produit est souvent brouillée aussi par un excès d'informations. Ce n'est sans doute pas innocent. Cela s'appelle "noyer le poisson". Il faut savoir qu'en effet, c'est l'économie qui gère pratiquement notre vie. La politique n'étant souvent qu'un paravent. Quand un médecin accepte que tel laboratoire paye ses vacances, comment ne pas penser qu'il ne vantera pas ensuite les produit de celui-ci ? Mais comment savoir si son médecin est intègre ? Alors comme tu l'écrit dans la dernière partie de ton billet, il faut jouer "collectif". Ne pas penser à court terme pour soi-même (ce n'est pas toujours facile)et être conscient que l'intérêt général génère pratiquement tout le temps le bien particulier. Alors bien sûr le vote est important mais que faire quand un candidat, une fois élu, fait le contraire de ce qu'il affirmait en tant que candidat ? (Chirac et la fracture sociale, Sarko avec le pouvoir d'achat... etc.) Il faut donc avoir conscience de ses limites en temps qu'individu et citoyen et essayer de se débrouiller le mieux possible tout en gardant à l'esprit que rien n'est figé et que l'on peut, par des actions collectives comme avec des geste individuelles, peser un peu sur des décisions politiques. Mais c'est vrai qu'il est inquiétant de voir l'immense puissance de certains acteurs économiques, puissance souvent supérieur aux états et dont les buts ne sont en aucun cas de servir l'Homme.
Le fait d'imaginer que la politique influe dans les décisions d'un pays, ou d'un groupe de pays, ne se trouve semble t-il qu'en France.Cela fait longtemps que les anglo-saxons ont compris l'impact mineur, d'une simple volonté politique. Alors lorsque Sarkozy parle de politique de civilisation - bien que je ne sache pas trop ce que c'est, ils sont nombreux ceux qui rient d'une telle naïveté.
Le consensus, l'art de l'équilibre, voilà le travail d'un politique ! (Finalement c'est comme un couple)
Au sujet des biocarburants, je ne pense pas que Jean Ziegler soit un rigolo et donc je pense qu'il est intéressant que tu lises ceci :http://ecologie.caradisiac.com/Jean-Ziegler-la-production-de-biocarburants-va-creer-des-hecatombes-773
et que tu t'intéresses à ce monsieur.
Ce monsieur est effectivement de premier intérêt.
Je persiste à croire que le bio-carburant est un trompe l'oeil de toutes manières. Mais mes propos seront nuancés.
En effet, comment croire que 15% de la surface des terres agricoles soumises à cette production, conduiront à une catastrophe alimentaire, alors qu'en France plus de 40% des terres cultivables, ne le sont pas pour les hommes pour pour les animaux ... (chiffre à verifier toutefois). J'imagine ce qui peut être ailleurs.
Le fait est que pour la nutrition, nous arrivons à une collision des intérêts. Les OGM profiteraient à la filière bio-carburant, et également seraient une réponse à l'augmentation du rendement des surfaces agricoles destinées à l'alimentation.
Que penser de tout ce capharnaüm ?
Le problème ce n'est pas en France mais dans les pays peu développés dont nous profitons pour qu'ils cultivent nos légumes, moins cher au lieu de produire pour se nourrir eux. Et donc ce n'est pas la peine de leur en rajouter.Pour l'instant si on s'obstine c'est effectivement douteux, d'ailleurs si la FNSEA est pour... bref.
Oui j'étais pour aussi avant d'aller au fond des choses. (Comme quoi...) Exemple parfait d'un manque d'information ou de désinformation, le sujet des biocarburants ressemble fort à une belle arnaque. Encore une fois les industriels (ne parlons pas à ce stade de cultivateurs)essayent de profiter d'une opinion favorable à un environnement plus propre pour rouler les gens dans la farine. Un peu comme les OGM dont on veut nous faire croire qu'ils pourraient résoudre le problème de la faim dans le monde.
Je ne sais plus où j'ai entendu dire que "même en supprimant toutes les forets de france pour planter de la betterave, nous ne pourrons produire suffisemment d'éthanol pour notre consommation". Si en plus d'un problème de nourriture le prix de revient d'un tel carburant n'est pas compétitif, où est l'intérêt?La recherche fait des miracles parfois, mais je pense que le discour sur les biocarburants échappe totalement à leur emprise. Ici,comme ailleurs,on veut peut-être nous faire patienter le temps d'épuiser les filiaires rentables (pour certains) en nous ventant des futurs propres, innovants et sans danger.
Seulement, dans notre monde libéral, je ne sais pas comment les politiciens peuvent imposer aux insdustriels de produire des choses qui ne les interrèssent pas.
Sommes-nous condamnés par la dictature de l'économie et devrons nous attendre que la nature nous oblige à changer d'attitude.
Pour ma part, je le pense et je pense aussi que des procédés alternatifs existent déjà mais n'ont pas la faveur des hautes sphères finiancières.
Allez donc voir le site de MDI qui propose un moteur à air comprimer qui consomme moins de 2 L aux 100 KM.
http://www.mdi.lu/fra/affiche_fra.php?page=accueil
Pourquoi ne pas mettre le paquet sur cet invention Française qui même sielle n'est pas optimum, réduirez notre consommation de carburant de façon importante et serait écologique.
En attendant mieux bien sur.
C'est effectivement tout le problème des innovations.Ce qui est innovant remplace ce qui existe déjà, et donc contredit des intérêts économiques en place.
Si l'innovation est dans la même branche, et reste dans les même sphères que ce qu'elle remplace, alors elle aura tous les honneurs. Ce fut le cas par exemple pour le passage de l'ère analogique à l'ère numérique dans le monde audio-visuel.
Pour ce qui est du lobbying pétrolier, la donne est différente. Le secteur est extrêmement rentable, des stocks existent, et remplacer cela par autre chose fait perdre de l'argent aux dictateurs de l'énergie.
Dans le monde de l'agro-alimentaire, c'est sensiblement la même chose.
Pourquoi prendre des risques là où tout est bénéfice pour ceux qui mènent la danse ?
Exact , Honorgate, mais , chez un président qui met en avant sa détermination à faire changer les choses , on aurait pu s'attendre à mieux. Ou bien à plus de retenu ou de modestie. Laisser un commentaire
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