Pourquoi vais-je cesser certains achats culturels
Par Honorgate le 30 Jan 2008 | Dans Vu de Près |
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Une autre forme de dicature
Le chef de l'état Français a eu l'idée de confier la rédaction d'un rapport sur la lutte contre le cyber-piratage à un PDG, en l'occurrence Denis Olivennes de la FNAC. Pourquoi pas, cet homme semblait idéalement connaitre les tenants et les aboutissants du dossier. Pourtant cet homme, pour ceux qui l'ignoraient, fait du business. Et son rapport préconise une lutte. Lutte et business, je trouve que cela s'accorde assez mal.
Prétendre que le piratage nuit à la créativité artistique est un trompe l'oeil honteux. Mon argumentaire s'arrêtera au simple constat qu'un artiste touche à peine 16% [1] des bénéfices engendrés par la vente des disques. Ainsi si un distributeur ou un producteur veut sauvegarder la créativité, plutôt que de vendre de plus en plus cher au public des choses de moins en moins bonnes, autant réduire les marges de bénéfice et distribuer davantage aux artistes de talents. Fonder ses revenus, en tant que producteur, sur des compilations bruyantes, ce n'est pas s'intéresser à la créativité, c'est aimer le rendement, ce qui me semble bien éloigné de l'idée culturelle.
Si l'on poursuit le décorticage du business de la "culture" comme ils aiment appeler ces bruits sur leurs disques, et ces cris dans leurs livres, comment ne pas se souvenir que nous avions déjà une bonne discothèque à la maison sous format vinyle qu'il a fallu pour beaucoup d'entre nous, recréer sous un nouveau format numérique. Nous avons donc tous acheté au moins deux fois les mêmes choses, puisque le format standard avait évolué.
Cette évolution se poursuit. On a bien tenté de nous dire que nos CD étaient finalement pas si formidable que ça, et que les nouveaux supports seraient bien plus performants, quitte à tout acheter encore une fois. Dans ce délire mercantile, les majors n'avaient pourtant pas prévus l'émergence des formats numériques devenus libres grâce à la démocratisation des moyens informatiques ainsi que des moyens de transmission de données. Le mp3 fit alors la chique au mini-disc, puis au super- CD. Mais cette infiltration des moyens libres dans un domaine soigneusement gardé sous copyrights, n'a jamais été accepté. Au point que les majors dédaignèrent obstinément tout protocole de partage légal de fichiers audio-visuels. Le téléchargement de la musique devenait ainsi structurellement illégal sous forme de P2P. Les majors conscients de leur fourvoiement, mais persuadés de leur main-mise sur le numérique, eurent alors l'idée géniale de demander aux politiques de taxer tous les supports vierges.
Ce fut fait. Quelque soit la destination de ces supports, nous payons, tous, des royalties à la SACEM. Tous les produits du commerce voient ainsi leur prix d'achat augmenter d'autant, pour le plus grand profit de la SACEM qui redistribue, un peu, aux artistes que nous ne connaissons pas voire que nous n'apprécions pas. Finalement, nous avons trouvé en France, le seul impôt au monde sur la culture, et ce quelque soit vos revenus. Vous qui êtes étudiant ou chômeur, payez cet impôt, combien même vous n'ayez que vos photos sur ces supports.
Suite:
Pourquoi ce petit rappel historique ? Simplement pour confirmer mon impression de départ, qui au regard de la collusion manifeste entre des intérêts privés et l'état, m'incite à croire que nous consommateurs, sommes pris dans la dictature économique une nouvelle fois, qui nous impose non seulement de payer un impôt sur la culture, mais en plus de verser une dîme aux grands distributeurs tels que la FNAC. Ainsi, une des conséquences sur le cadenassage du numérique est la restriction dans nos choix, tout simplement. Le PDG de la FNAC sait-il par exemple que l'autre jour j'ai voulu acheter un disque d'un groupe de musique de la côte ouest des Etats-Unis que j'ai découvert par hasard sur le Net, et que ce disque n'existait pas sous son enseigne ? En revanche on le trouvait en téléchargement dit illégal. Pourtant, soucieux de mon comportement de citoyen français intègre, j'ai finalement acheté le disque sur Amazon.
Je prends donc la décision définitive de ne plus jamais rien acheter à la FNAC. Cet établissement au demeurant fort honorable, parce qu'il tente d'imposer son diktat, me gène, m'insulte. Je réfute cette dictature du business, et ce d'autant plus qu'un rapport de cette même enseigne il y a quelques années, démontrait exactement le contraire du rapport actuel, c'est à dire que le téléchargement dit illégal n'influe pas sur les ventes des disques [2]. Ce qu'ils n'avaient à l'époque effectivement pas prévu, c'est que le phénomène allait se coupler à l'appauvrissement de l'offre. Il n'y a rien à faire, tout le monde n'a pas le même talent et la quête du rendement nécessite quelques sacrifices sans doute. Les ventes des disques chutent donc.
Il est hautement regrettable que les spécialistes financiers ne perçoivent pas que le pouvoir d'achat n'est pas indexé sur l'offre ludique qui explose depuis quelques années. Nos salaires stagnent, et pourtant on nous propose tous les ans, davantage, en téléphone, en télé, en musique, en vidéo, en livre ou en jeux. Et on le fait en modifiant régulièrement la manière d'en profiter : lecteurs mp3, téléphones portables walkman, iPod, iPhone, écrans plats pas tout à fait haute définition, écrans plats vraiment haute définition pour de vrai, DVD, blue-ray, super DVD, et demain super méga DVD, extra mp3, iPod encore mieux, nouvelle console de jeux, nouveau format acoustique révolutionnaire, il faut tout changer à la maison ... Et comme vous le voyez cela ne se limite pas aux outils portables.
Alors, on nous impose la musique à écouter, comment écouter cette musique, quand acheter une nouvelle fois les œuvres sous le nouveau format. On nous impose l'impôt et la dîme de manière anti-républicaine car inégalitaire. On nous menace, on nous explique que ce n'est pas raisonnable alors qu' initialement la faute en revient à ceux qui pensaient profiter d'une poule aux œufs d'or en contrôlant tout, et en nous faisant croire au mécénat, alors qu'il n'était question que de bénéfices indécents.
Et bien moi je profite de la liberté que j'ai encore. Je ne cèderais pas sous la menace permanente d'un big brother à la botte d'une dictature économique, je n'achèterai plus de disque, ni de vidéo, là où l'on tentera de m'imposer quoique ce soit.
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[1] Les chiffres de disquesenfrance.com
Un article de Ouest-France
[2]Un de mes précédents papiers traitait de ce sujet.
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