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Gouverner c'est savoir pardonner
Par Honorgate
, le 8 Jun 2007 | Dans Vu de Près, Vues politiques |
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Le grand jeu
L'amnistie présidentielle n'a donc pas été prononcée cette année. Notre nouveau président, veut sans doute imposer sa manière de concevoir une politique nouvelle, parfait symbole de la rupture. Pourtant, si nous regardons de plus près, il n'y a aucune raison de se féliciter de ce choix. Et ce qui nous le montre, c'est l'évolution depuis peu des comportements sportifs dans les stades.
Notre société est un grand jeu géré par une multitude de règles. Le problème est simple, pour gagner - en tous cas pour ne pas perdre trop, il faut savoir s'y conformer, en s'adaptant, et si l'on y adhère pas, on devient subversif. Il faut être alors prêt à en payer le prix. Car notre liberté est à ce point paradoxale, qu'elle ne suffit pas en elle-même, mais prend son sens dans cette arène sociale.
Au XVI ème et XVII ème siècle, le jeu de paume avait un immense succès. Il y avait plus de 300 salles de jeux dédiées à Paris. L'engouement était vraisemblablement très supérieur, si l'on relativise, à ce qu'est le football aujourd'hui. Et c'était quelque chose qui faisait vivre à l'époque près de 14000 personnes [1]. C'était tellement important dans l'organisation sociale, qu'il existait un édit royal prévoyant la clémence pour les tricheurs qui ne manquaient pas de se faire bannir des stades de jeux. Ces tricheurs étaient exclus dans un premier temps, puis réhabilités.
L'homme est ainsi fait qu'il peut s'adapter de multiples manières à des contraintes, à des règles. Une de ces adaptations est la tricherie. Si vous êtes en charge de veiller aux règles du jeu et que vous acceptez ces expressions d'adaptation, vous punissez, mais vous savez également faire preuve régulièrement de clémence. Pourquoi ?
Imaginez cette problématique transposée à un enfant. Si les parents exigent à un jeune enfant de 7 ans des choses qui sont pour lui, au début impossibles, s'ils exigent trop, et trop vite, l'enfant n'aura pas d'autre solution que de se rebeller. Il adoptera naturellement, car ce sera sa seule solution, un comportement violent, qui étonnera beaucoup des parents qui cherchaient pourtant à bien faire.
Dans notre société c'est exactement la même chose, et l'exemple des stades devrait nous interpeller. Les supporters deviennent violents, les joueurs également et ce malgré la notion de fair-play anglo-saxon - qui ne vaut qu'à partir du moment où ils gagnent et qui n'existe que pour satisfaire un esprit puritain; ajoutez enfin à cela des comportements entre joueurs et arbitres agressifs.
Ainsi, le fait de rejeter l'idée même de tricherie au profit de la notion idiote de fair-play n'a eu pour seule conséquence que l'émergence d'une violence nouvelle.
Ainsi, si l'état ne reconnaît rien de la tolérance, du pardon, si l'état n'hésite pas à réprimer sévèrement, dès la première infraction, nous risquons d'observer rapidement une nouvelle violence urbaine démesurée et exponentielle. A l'instar des stades, et de la société américaine, les valeurs du président Sarkozy vont créer un précédent, et un dommage irréversible à notre société.
Demander trop, systématiquement et uniformément à toute une société sous prétexte que ce sont les règles est un pari dangereux. On peut le faire, mais alors il faut aussi accepter la clémence. Gouverner c'est savoir pardonner, alors qu'au XVIème siècle les rois le savaient, aujourd'hui le président d'une démocratie l'ignore. Sans ce pardon possible, l'exigence est insupportable, et la seule expression commune qui s'imposera, sera la violence. La même que celle du jeune enfant à qui on demande trop brutalement, sans souplesse, des exercices difficiles.
C'est pourquoi l'idéologie qui prévôt actuellement à la tête de l'état français me semble tout à fait inquiétante. Pas de tolérance, plus de répression, le tout dans un culte de la prison. Tous les éléments sont réunis pour faire exploser les participants à ce jeu social décidément bien contraignant.
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[1] Ces chiffres ne sont pas une certitude. On peut raisonnablement penser à une estimation basse, puisqu'on lit parfois qu'il y avait jusqu'à 1800 salles de jeu. Quant aux personnes vivant directement du jeu, on lit aussi que ce serait plutôt 7000 à Paris.


